
Histoire & Valeurs
Histoire
Je crois que tout est parti d'un inconfort. Pas d'une révélation, non, un inconfort, tenace, qui s'est installé pendant mes années à la Communauté Urbaine de Douala. J'y étais chef de département de la planification urbaine. Un poste sérieux, utile même. Mais je passais mes journées à instruire des dossiers, à faire respecter des normes, sans jamais vraiment construire quoi que ce soit qui ressemble à ce que j'avais appris à Paris, à l'École de Tolbiac, ni à ce que j'avais vu chez Chabrol, où j'avais fait mes premières armes comme jeune architecte.
Je m'étais formé pour dessiner des lieux. Je me retrouvais à gérer des procédures.
Ce n'est qu'avec le temps que j'ai compris une chose simple, presque banale : un architecte ne s'épanouit pleinement qu'en travaillant en clientèle privée. Dans l'administration, on gère l'existant. En privé, on propose, on discute, on convainc — et parfois, on construit vraiment ce qu'on a imaginé. C'est cette différence-là qui m'a décidé, en 1995, à quitter un poste stable pour fonder mon propre cabinet à Douala.
Je n'avais pas de plan sur dix ans. J'avais une conviction, plus modeste qu'il n'y paraît : que l'architecture qu'on nous enseignait, très largement pensée ailleurs, ne pouvait pas simplement se poser telle quelle sur nos villes, notre climat, nos manières de vivre. Il fallait la traduire. Pas la copier, pas non plus la rejeter par principe — la traduire, avec ce qu'on a sous la main : nos matériaux, notre lumière, nos usages, nos héritages culturels.
C.A.I.U., ça voulait dire ça dès le départ : Cabinet Architecture Ingénierie Urbanisme. Les trois disciplines ensemble, parce que je n'ai jamais cru qu'on pouvait bien faire l'une sans les deux autres. Un bâtiment mal inséré dans son tissu urbain, ou mal pensé sur le plan technique, reste un mauvais bâtiment, même s'il est beau sur le papier.
Les débuts n'avaient rien d'extraordinaire. Peu de moyens, peu de clients, beaucoup de temps passé à convaincre qu'un cabinet camerounais pouvait porter des projets ambitieux, pas seulement des extensions de maisons. Il a fallu des années pour que ça change vraiment — les premiers concours remportés, OHADA, puis SODECOTON, ASAC, le MINHDU. Chaque projet gagné en appel d'offres a un peu plus légitimé cette idée de départ : qu'on pouvait faire de l'architecture rigoureuse, exigeante, sans renoncer à ce qu'on est.
Aujourd'hui, avec le recul, je ne dirais pas que j'avais une vision au sens grandiloquent du terme. J'avais surtout refusé de continuer à faire un métier qui ne me ressemblait pas. Le reste — les distinctions, la reconnaissance — c'est venu après, comme une conséquence, jamais comme un objectif. Ce qui compte encore, trente ans plus tard, c'est cette même question qu'on se pose à chaque nouveau projet : est-ce que ce bâtiment répond vraiment à ceux qui vont y vivre, y travailler, y passer ?
Parcours
1988 — Diplôme D.P.L.G., Architecture & Urbanisme
École d'Architecture et d'Urbanisme de Paris Tolbiac
1988 – 1992 — Architecte junior
Cabinet Jacques Chabrol · Sceaux, région parisienne
1992 – 1995 — Chef de département de la planification urbaine
Communauté Urbaine de Douala
1995 — Fondation du Cabinet C.A.I.U. SARL
Douala, Cameroun
